Arthrose Prévention

Arthrose cervicale (cervicarthrose) : symptômes et solutions

Arthrose cervicale (cervicarthrose) : symptômes et solutions

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L'arthrose cervicale, ou cervicarthrose, est la forme d'arthrose rachidienne la plus courante. Elle touche les articulations et les disques intervertébraux du rachis cervical, composé de sept vertèbres (C1 à C7). Très fréquente après 50 ans, la cervicarthrose est retrouvée sur les radiographies de plus de 80 % des personnes de plus de 65 ans. Si elle reste souvent asymptomatique, elle peut provoquer des douleurs cervicales chroniques, des céphalées, des vertiges et, dans les formes sévères, des complications neurologiques nécessitant une prise en charge spécialisée.

Anatomie du rachis cervical et mécanismes de la cervicarthrose

Le rachis cervical est le segment le plus mobile de la colonne vertébrale. Il assure le soutien de la tête (environ 5 kg) et permet des mouvements de flexion, d'extension, de rotation et d'inclinaison latérale. Chaque étage vertébral comprend un disque intervertébral en avant et deux articulations zygapophysaires (facettaires) en arrière, formant un complexe tri-articulaire.

L'arthrose cervicale résulte de la dégénérescence progressive de ces structures. Le processus débute généralement par une déshydratation du disque intervertébral, qui perd de sa hauteur et de ses propriétés d'amortissement. Cette perte discale modifie la répartition des contraintes mécaniques et accélère l'usure des articulations facettaires postérieures. Des ostéophytes (excroissances osseuses) se développent sur les bords des corps vertébraux et des articulations, pouvant rétrécir le canal rachidien ou les foramens d'où émergent les racines nerveuses.

Les étages les plus fréquemment touchés sont C5-C6 et C6-C7, qui correspondent aux segments les plus mobiles et les plus sollicités mécaniquement. L'étage C4-C5 est également souvent atteint.

Les facteurs de risque de l'arthrose cervicale

Plusieurs facteurs contribuent au développement de la cervicarthrose, agissant souvent de manière synergique.

Le vieillissement naturel

Le vieillissement est le facteur principal. Dès l'âge de 30 ans, les disques intervertébraux commencent à se déshydrater et à perdre de leur élasticité. Ce processus est universel et explique la prévalence très élevée de la cervicarthrose radiologique chez les personnes âgées, même en l'absence de symptômes.

Les contraintes posturales et professionnelles

La posture joue un rôle déterminant dans l'arthrose cervicale. Les positions maintenues prolongées, en particulier la flexion cervicale (travail sur écran, consultation du smartphone), augmentent les contraintes sur les disques et les articulations. Les professions à risque incluent les travailleurs sur ordinateur, les dentistes, les chirurgiens, les couturiers et toute activité impliquant une position penchée prolongée.

Le phénomène du "text neck", lié à l'utilisation intensive des appareils mobiles, est de plus en plus reconnu comme un facteur contributif chez les sujets jeunes. La flexion de 45 degrés de la tête multiplie par quatre les contraintes sur le rachis cervical.

Les traumatismes cervicaux

Les antécédents traumatiques du rachis cervical (coup du lapin, traumatismes sportifs, accidents de la route) accélèrent la dégénérescence discale et articulaire. Le traumatisme initial peut endommager le disque et les ligaments, déstabilisant le segment vertébral et favorisant une usure précoce.

Les facteurs constitutionnels

La prédisposition génétique influence la qualité du cartilage et la résistance des disques. Un canal rachidien cervical constitutionnellement étroit augmente le risque de complications neurologiques en cas de cervicarthrose, même pour des lésions modérées.

Les symptômes de l'arthrose cervicale

Les symptômes de l'arthrose cervicale sont très variables, allant de la simple raideur à des tableaux neurologiques complexes. Il est fondamental de distinguer les formes non compliquées des formes avec retentissement neurologique.

La cervicalgie commune

La cervicalgie (douleur du cou) est le symptôme le plus fréquent. Elle se manifeste par :

  • Une douleur postérieure du cou, bilatérale ou unilatérale, pouvant irradier vers les épaules et les omoplates
  • Une raideur cervicale, particulièrement marquée le matin ou après une période d'immobilité
  • Des craquements articulaires lors des mouvements du cou
  • Une aggravation par les positions statiques prolongées et les mouvements de rotation
  • Des contractures musculaires paravertébrales réactionnelles

Les céphalées cervicogéniques

L'arthrose cervicale haute (C1-C2, C2-C3) peut provoquer des céphalées partant de la nuque et irradiant vers le sommet du crâne ou la région temporale. Ces céphalées, dites cervicogéniques, sont souvent unilatérales et peuvent être confondues avec des migraines. Elles s'accompagnent fréquemment d'une sensibilité à la palpation des muscles sous-occipitaux.

Les vertiges et troubles de l'équilibre

Des sensations vertigineuses, d'instabilité ou d'étourdissement peuvent accompagner la cervicarthrose. Ces symptômes sont attribués à une perturbation des afférences proprioceptives cervicales, qui participent à la régulation de l'équilibre et de la posture. Ils sont généralement déclenchés par les mouvements de rotation de la tête.

La névralgie cervico-brachiale (NCB)

La compression d'une racine nerveuse par un ostéophyte ou un disque hernié provoque une névralgie cervico-brachiale, caractérisée par une douleur irradiant du cou vers le bras et la main, suivant le trajet de la racine nerveuse atteinte. Des paresthésies (fourmillements, engourdissements), une perte de sensibilité ou une faiblesse musculaire dans le territoire correspondant peuvent s'y associer.

La myélopathie cervicarthrosique

La complication la plus grave est la myélopathie cervicarthrosique, liée à la compression de la moelle épinière par les ostéophytes ou un rétrécissement du canal rachidien. Elle se manifeste par des troubles de la marche (démarche spastique), une maladresse des mains, des troubles sphinctériens et des signes pyramidaux. Cette situation nécessite une prise en charge chirurgicale urgente.

Le diagnostic de la cervicarthrose

Le diagnostic de l'arthrose cervicale repose sur la confrontation des données cliniques et de l'imagerie. La difficulté réside dans le fait que les anomalies radiologiques sont très fréquentes et ne sont pas toujours responsables des symptômes observés.

L'examen clinique

L'examen du rachis cervical évalue les amplitudes articulaires dans toutes les directions, recherche des points douloureux à la palpation, teste les réflexes ostéo-tendineux des membres supérieurs et inférieurs, et explore la sensibilité et la force musculaire segmentaire. Le test de Spurling (compression axiale avec inclinaison latérale) reproduit la douleur radiculaire en cas de conflit disco-radiculaire.

La radiographie standard

Les clichés du rachis cervical de face, de profil et en oblique constituent le bilan de première intention. Ils montrent le pincement discal, les ostéophytes, l'arthrose des articulations unco-vertébrales et zygapophysaires, et permettent d'évaluer la statique cervicale (perte de la lordose physiologique, cyphose).

L'IRM cervicale

L'IRM est l'examen de référence pour évaluer le retentissement de la cervicarthrose sur les structures nerveuses. Elle visualise la moelle épinière, les racines nerveuses, les disques intervertébraux et les ligaments. Elle est indispensable en cas de suspicion de myélopathie ou de névralgie cervico-brachiale résistante au traitement médical.

Les examens complémentaires

L'électromyogramme (EMG) peut être utile pour confirmer une atteinte radiculaire et préciser sa topographie. Le scanner cervical, éventuellement couplé à une myélographie (myéloscanner), offre une excellente visualisation des structures osseuses et peut compléter l'IRM dans certaines situations.

Les traitements de la cervicarthrose

La prise en charge de l'arthrose cervicale est essentiellement conservatrice. Le traitement chirurgical est réservé aux formes compliquées avec atteinte neurologique significative.

Les traitements médicamenteux

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et le paracétamol constituent la base du traitement antalgique. Les myorelaxants peuvent être prescrits en cure courte pour traiter les contractures musculaires associées. En cas de névralgie cervico-brachiale, des traitements spécifiques de la douleur neuropathique (gabapentine, prégabaline) peuvent être ajoutés.

Les corticoïdes par voie orale en cure courte (5 à 7 jours) sont parfois proposés lors des poussées aiguës avec composante radiculaire. Les infiltrations péridurales cervicales, réalisées par un praticien expérimenté sous guidage radiologique, peuvent apporter un soulagement significatif dans les névralgies cervico-brachiales rebelles.

La kinésithérapie

La kinésithérapie est un pilier fondamental du traitement de la cervicarthrose. Le programme de rééducation associe :

  • La mobilisation douce : techniques de mobilisation passive et active-aidée pour restaurer les amplitudes articulaires.
  • Le renforcement musculaire : travail des muscles cervicaux profonds (fléchisseurs profonds du cou) et des muscles stabilisateurs de la ceinture scapulaire.
  • Les techniques de relâchement musculaire : massage, physiothérapie (chaleur, ultrasons), techniques myotensives pour décontracturer les muscles cervicaux et trapéziens.
  • La rééducation posturale : correction des déséquilibres posturaux, apprentissage des positions ergonomiques au travail et dans la vie quotidienne.

Les étirements cervicaux

Les étirements réguliers du rachis cervical et des muscles péri-cervicaux sont essentiels pour maintenir la souplesse et réduire les tensions musculaires. Les principaux étirements concernent les trapèzes supérieurs, les sterno-cléido-mastoïdiens, les scalènes et les élévateurs de la scapula. Ils doivent être réalisés en douceur, sans forcer, et maintenus 15 à 30 secondes.

Les étirements cervicaux doivent toujours être pratiqués lentement et progressivement. Les mouvements brusques ou les rotations forcées sont formellement contre-indiqués car ils risquent d'aggraver les symptômes ou de provoquer des lésions.

L'ergonomie et la prévention au quotidien

L'adaptation de l'environnement et des habitudes de vie est déterminante pour limiter les contraintes sur le rachis cervical et prévenir l'aggravation de la cervicarthrose.

L'ergonomie du poste de travail

Pour les personnes travaillant sur écran, plusieurs aménagements sont recommandés :

  • Placer l'écran à hauteur des yeux, à une distance de 50 à 70 cm
  • Utiliser un clavier et une souris ergonomiques, positionnés à la hauteur des coudes
  • Opter pour un siège avec un appui-tête et un soutien lombaire
  • Faire des pauses régulières toutes les 30 à 45 minutes pour mobiliser le cou et les épaules
  • Alterner les positions assise et debout grâce à un bureau à hauteur variable

Le choix de l'oreiller

Le choix de l'oreiller influence la qualité du sommeil et les douleurs cervicales matinales. Un oreiller cervical de bonne qualité doit maintenir la colonne cervicale dans l'alignement de la colonne thoracique, que l'on dorme sur le dos ou sur le côté. La hauteur doit être adaptée à la morphologie du dormeur. Les oreillers en mousse à mémoire de forme ou en latex offrent un bon soutien. Dormir sur le ventre est déconseillé car cette position impose une rotation cervicale prolongée.

L'activité physique adaptée

La pratique régulière d'une activité physique douce est bénéfique pour la cervicarthrose. La natation (en particulier le dos crawlé), le yoga, le tai-chi et le Pilates renforcent la musculature cervicale et améliorent la posture. Les sports à risque de traumatisme cervical (rugby, arts martiaux de contact, plongeon) sont à éviter ou à pratiquer avec précaution.

Les thérapies complémentaires pour la cervicarthrose

Plusieurs approches complémentaires peuvent s'intégrer à la prise en charge globale de la cervicarthrose, en association avec les traitements conventionnels.

L'ostéopathie et la chiropraxie

Les manipulations cervicales pratiquées par un ostéopathe ou un chiropracteur peuvent soulager certaines cervicalgies. Toutefois, ces techniques doivent être réalisées par un praticien qualifié, après élimination des contre-indications (insuffisance vertébro-basilaire, myélopathie, instabilité vertébrale). Les mobilisations douces sont préférées aux manipulations à haute vélocité pour le rachis cervical.

L'acupuncture

L'acupuncture est utilisée dans la prise en charge des cervicalgies chroniques. Plusieurs études cliniques ont montré un effet analgésique significatif à court et moyen terme. Elle peut être proposée en complément des traitements conventionnels, notamment chez les patients souhaitant réduire leur consommation de médicaments.

La balnéothérapie et le thermalisme

Les cures thermales associant balnéothérapie, applications de boue et kinésithérapie en milieu aquatique ont démontré un bénéfice sur la douleur et la fonction cervicale. L'effet combiné de la chaleur, de la mise en décharge et de la mobilisation douce explique les résultats favorables observés dans plusieurs études cliniques contrôlées.

La neurostimulation transcutanée (TENS)

L'appareil de neurostimulation transcutanée (TENS) délivre de faibles courants électriques à travers la peau, stimulant les mécanismes naturels de contrôle de la douleur. Cette technique non invasive peut être utilisée à domicile et permet de réduire la consommation d'antalgiques chez certains patients souffrant de cervicalgies chroniques liées à la cervicarthrose.

La prise en charge de l'arthrose cervicale nécessite une approche individualisée, tenant compte de la sévérité des symptômes, du retentissement fonctionnel et des attentes du patient. Un suivi régulier permet d'adapter le traitement à l'évolution de la maladie et de dépister précocement d'éventuelles complications neurologiques.

Dr. Laurent Dupont
À propos de l'auteur

Dr. Laurent Dupont

Le Dr. Laurent Dupont est médecin rhumatologue, spécialisé dans la prise en charge des pathologies articulaires et notamment de l'arthrose. Après plus de 20 ans de pratique clinique auprès de patients souffrant de douleurs articulaires chroniques, il consacre aujourd'hui une partie de son activité à la vulgarisation médicale et à l'éducation thérapeutique. Convaincu que l'information est la première étape vers une meilleure qualité de vie, il s'engage à rendre accessibles les dernières avancées en rhumatologie. Son approche associe traitements conventionnels, solutions naturelles et conseils d'hygiène de vie adaptés à chaque patient.