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Arthrose de la hanche (coxarthrose) : tout savoir

Arthrose de la hanche (coxarthrose) : tout savoir

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La coxarthrose, ou arthrose de la hanche, touche environ 5 % de la population de plus de 55 ans en France. Cette pathologie dégénérative se caractérise par une usure progressive du cartilage de l'articulation coxo-fémorale, entraînant des douleurs chroniques et une limitation fonctionnelle qui peuvent considérablement altérer la qualité de vie. Comprendre les mécanismes, les facteurs de risque et les options thérapeutiques de l'arthrose de la hanche est essentiel pour mieux la prévenir et la prendre en charge.

Qu'est-ce que la coxarthrose ?

La coxarthrose désigne l'arthrose localisée au niveau de l'articulation de la hanche, qui relie le fémur au bassin. Cette articulation, de type sphéroïde, permet des mouvements dans toutes les directions : flexion, extension, rotation, abduction et adduction. Le cartilage qui recouvre la tête du fémur et la cavité du bassin (acétabulum) assure un glissement fluide entre les deux surfaces osseuses.

Lorsque ce cartilage se détériore, les surfaces articulaires deviennent rugueuses, le frottement augmente et l'os sous-chondral peut se modifier. On distingue deux formes principales de coxarthrose :

  • La coxarthrose primitive : elle survient sans cause identifiable, généralement après 50 ans, et représente environ 40 % des cas.
  • La coxarthrose secondaire : elle résulte d'une anomalie préexistante de la hanche (dysplasie, séquelle de fracture, nécrose de la tête fémorale) et peut apparaître plus précocement.

L'articulation de la hanche supporte une charge considérable, pouvant atteindre trois à cinq fois le poids du corps lors de la marche. Cette contrainte mécanique explique en partie pourquoi la hanche est l'une des localisations les plus fréquentes de l'arthrose, après le genou.

Les causes et facteurs de risque de l'arthrose de la hanche

Les causes de l'arthrose de la hanche sont multifactorielles. Plusieurs éléments contribuent à l'apparition et à la progression de la coxarthrose, agissant souvent de manière combinée.

Les facteurs mécaniques

Les anomalies morphologiques de la hanche constituent le principal facteur de risque de coxarthrose secondaire. Parmi elles, on retrouve :

  • La dysplasie de hanche : un défaut de couverture de la tête fémorale par l'acétabulum, entraînant une surcharge mécanique localisée.
  • La protrusion acétabulaire : un enfoncement excessif de la tête fémorale dans le bassin.
  • Le conflit fémoro-acétabulaire (CFA) : un contact anormal entre le bord de l'acétabulum et le col du fémur lors de certains mouvements.
  • Les séquelles traumatiques : fractures du cotyle ou de la tête fémorale, luxations anciennes.

Les facteurs systémiques

L'âge est le facteur de risque le plus important : la prévalence de la coxarthrose augmente nettement après 50 ans. Le surpoids et l'obésité exercent une pression supplémentaire sur l'articulation et favorisent un état inflammatoire chronique de bas grade. La prédisposition génétique joue également un rôle, certaines familles présentant une incidence plus élevée de coxarthrose.

Les facteurs professionnels et sportifs

Les métiers impliquant le port de charges lourdes, la station debout prolongée ou des mouvements répétitifs de la hanche augmentent le risque. De même, certaines pratiques sportives intensives (football, rugby, danse professionnelle) peuvent accélérer l'usure cartilagineuse.

Les symptômes caractéristiques de la coxarthrose

Les symptômes de l'arthrose de la hanche s'installent progressivement et évoluent par poussées, avec des périodes de rémission partielle. Leur intensité varie considérablement d'un patient à l'autre.

La douleur : signe cardinal

La douleur de l'arthrose de la hanche se localise typiquement au niveau du pli de l'aine. Elle peut irradier vers la face antérieure de la cuisse, le genou (douleur projetée), ou la fesse. Il est fréquent que des patients consultent initialement pour une douleur du genou alors que la cause se situe au niveau de la hanche.

Les caractéristiques de cette douleur sont :

  • Une douleur mécanique, aggravée par l'effort et calmée par le repos
  • Une recrudescence en fin de journée ou après une activité prolongée
  • Un dérouillage matinal de courte durée (moins de 30 minutes)
  • Une aggravation progressive au fil des mois et des années

La raideur articulaire

La limitation des amplitudes articulaires est un signe objectif majeur. Les premiers mouvements touchés sont généralement la rotation interne et l'abduction. Le patient éprouve des difficultés croissantes pour enfiler ses chaussettes, couper ses ongles de pieds ou croiser les jambes. Cette raideur s'accentue avec l'évolution de la maladie.

La boiterie et les troubles de la marche

La combinaison de la douleur et de la raideur entraîne une boiterie caractéristique, dite de Trendelenburg. Le périmètre de marche se réduit progressivement, et le patient peut avoir besoin d'une aide à la marche (canne, déambulateur). Les escaliers deviennent particulièrement difficiles, notamment la descente.

Le diagnostic de la coxarthrose

Le diagnostic de l'arthrose de la hanche repose sur un faisceau d'arguments cliniques et radiologiques. Le médecin procède à un examen méthodique pour confirmer l'atteinte et en évaluer la sévérité.

L'examen clinique

L'examen de la hanche comprend l'évaluation des amplitudes articulaires (flexion, extension, rotations, abduction, adduction), la recherche d'une boiterie, la mesure du périmètre de marche et l'évaluation de la force musculaire des muscles périarticulaires. Le test de rotation interne en flexion est particulièrement évocateur lorsqu'il reproduit la douleur.

L'imagerie médicale

La radiographie standard du bassin de face et un cliché de la hanche de profil (faux profil de Lequesne) constituent l'examen de première intention. Les quatre signes radiologiques cardinaux de l'arthrose sont :

  • Le pincement de l'interligne articulaire : réduction de l'espace entre les surfaces osseuses, traduisant l'amincissement du cartilage.
  • L'ostéophytose : formation d'excroissances osseuses sur les bords de l'articulation.
  • L'ostéosclérose sous-chondrale : densification de l'os situé sous le cartilage usé.
  • Les géodes : cavités arrondies dans l'os sous-chondral.

L'IRM peut être utile dans certains cas pour détecter des lésions cartilagineuses précoces, évaluer l'état des tissus mous ou rechercher une autre pathologie associée. Le scanner avec arthroscanner permet une analyse fine des structures osseuses et cartilagineuses.

Les classifications radiologiques

La classification de Kellgren-Lawrence, graduée de 0 à 4, est la plus utilisée pour évaluer la sévérité radiologique de la coxarthrose. Il est important de noter qu'il n'existe pas toujours une corrélation entre la sévérité radiologique et l'intensité des symptômes.

Les traitements conservateurs de la coxarthrose

La prise en charge de l'arthrose de la hanche commence par des mesures non chirurgicales, qui permettent de soulager les symptômes et de ralentir l'évolution de la maladie dans de nombreux cas.

La kinésithérapie : pilier du traitement

La kinésithérapie occupe une place centrale dans la prise en charge de la coxarthrose. Un programme adapté comprend :

  • Des exercices de renforcement musculaire ciblant les muscles stabilisateurs de la hanche (moyen fessier, grand fessier, quadriceps)
  • Des exercices de mobilité pour maintenir les amplitudes articulaires
  • Du travail proprioceptif pour améliorer la stabilité et prévenir les chutes
  • Des étirements doux des muscles péri-articulaires

Des exercices spécifiques pour l'arthrose de la hanche pratiqués régulièrement permettent de réduire significativement la douleur et d'améliorer la fonction articulaire. L'aquagym et la natation sont particulièrement recommandées, car elles permettent de travailler en décharge partielle.

Les traitements médicamenteux

Le paracétamol reste l'antalgique de première intention, bien que son efficacité soit modérée. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont utilisés lors des poussées douloureuses, en cure courte, en raison de leurs effets secondaires potentiels (digestifs, cardiovasculaires, rénaux). Les antalgiques de palier 2 (tramadol, codéine) peuvent être prescrits en cas de douleur insuffisamment contrôlée.

Les antiarthrosiques symptomatiques d'action lente (AASAL), tels que la chondroïtine sulfate et la glucosamine, sont parfois proposés. Leur efficacité fait l'objet de débats dans la communauté scientifique, mais certaines études suggèrent un bénéfice modeste sur la douleur et la fonction.

Les infiltrations articulaires

Les infiltrations de corticoïdes dans l'articulation de la hanche, réalisées sous guidage radiologique ou échographique, procurent un soulagement temporaire lors des poussées inflammatoires. L'acide hyaluronique en viscosupplémentation est une autre option, dont l'efficacité varie selon les patients. Ces gestes sont généralement limités à trois ou quatre par an pour les corticoïdes.

Les mesures hygiéno-diététiques

La perte de poids chez les patients en surpoids ou obèses représente un levier thérapeutique majeur. Une réduction de 5 % du poids corporel peut diminuer significativement les contraintes mécaniques sur la hanche et atténuer les douleurs. L'adaptation des activités quotidiennes, l'utilisation d'une canne du côté opposé à la hanche atteinte et le port de chaussures adaptées complètent ces mesures.

Le traitement chirurgical : la prothèse totale de hanche

Lorsque les traitements conservateurs ne suffisent plus à maintenir une qualité de vie acceptable, la prothèse totale de hanche (PTH) constitue le traitement de référence. Plus de 150 000 prothèses de hanche sont posées chaque année en France, avec un taux de satisfaction supérieur à 90 %.

Les indications chirurgicales

La décision opératoire repose sur plusieurs critères :

  • L'intensité de la douleur et son retentissement sur la vie quotidienne
  • L'échec des traitements conservateurs bien conduits
  • La sévérité de la limitation fonctionnelle
  • L'état général du patient et ses comorbidités
  • Les attentes et les souhaits du patient

Il n'existe pas de seuil d'âge absolu pour la chirurgie. La décision se prend au cas par cas, en tenant compte du rapport bénéfice-risque individuel.

Les types de prothèses et les voies d'abord

Les prothèses de hanche actuelles sont composées d'une tige fémorale, d'une tête prothétique, d'un cotyle (cupule) et d'un insert. Plusieurs couples de frottement existent : métal-polyéthylène, céramique-polyéthylène, céramique-céramique. Le choix dépend de l'âge du patient, de son niveau d'activité et des préférences du chirurgien.

Les voies d'abord chirurgicales comprennent la voie antérieure (mini-invasive), la voie postérieure et la voie latérale. La voie antérieure tend à se développer, car elle respecte davantage les muscles et permet une récupération plus rapide.

La rééducation postopératoire

La rééducation débute dès le lendemain de l'intervention, avec une remise en charge précoce. Le séjour hospitalier dure en moyenne trois à cinq jours, suivi d'une rééducation en centre spécialisé ou en ambulatoire. La récupération complète nécessite généralement trois à six mois, avec un retour progressif aux activités.

Vivre au quotidien avec une coxarthrose

L'adaptation du mode de vie est fondamentale pour mieux vivre avec une arthrose de la hanche. Plusieurs stratégies permettent de maintenir l'autonomie et de limiter l'impact de la maladie sur les activités quotidiennes.

Les activités physiques recommandées

Contrairement à une idée reçue, le repos strict est délétère pour l'articulation arthrosique. L'activité physique régulière et adaptée est bénéfique à plusieurs niveaux :

  • La marche : à adapter en durée et en terrain, en évitant les dénivelés importants
  • Le vélo : excellent car il sollicite la hanche en décharge, particulièrement le vélo d'appartement
  • La natation : la brasse est déconseillée en raison du mouvement de rotation, préférer le crawl ou le dos crawlé
  • L'aquagym : travail musculaire efficace en milieu aquatique avec réduction des contraintes articulaires
  • Le yoga et le tai-chi : pour améliorer la souplesse, l'équilibre et la gestion de la douleur

Les aménagements du domicile

Des aménagements simples permettent de faciliter le quotidien : rehausseur de toilettes, barre d'appui dans la douche, siège dans la baignoire, chausse-pied à long manche, enfile-chaussettes. Un fauteuil suffisamment haut et ferme facilite le passage de la position assise à debout.

La gestion des poussées douloureuses

Les poussées inflammatoires nécessitent une adaptation temporaire : réduction de l'activité sans immobilisation complète, application de froid (en phase inflammatoire aiguë) ou de chaleur (pour les douleurs chroniques), et recours aux antalgiques selon les prescriptions médicales. Les techniques de relaxation et de gestion de la douleur (sophrologie, méditation, cohérence cardiaque) peuvent apporter un complément utile.

Prévention et ralentissement de la coxarthrose

Si l'on ne peut pas toujours empêcher l'apparition de la coxarthrose, plusieurs mesures permettent de retarder son apparition ou de ralentir son évolution. Le maintien d'un poids de forme, la pratique régulière d'une activité physique modérée et le dépistage précoce des anomalies morphologiques de la hanche sont les piliers de la prévention.

La prise en charge du conflit fémoro-acétabulaire chez le sujet jeune, avant l'apparition de lésions cartilagineuses irréversibles, fait l'objet de recherches prometteuses. De même, les thérapies régénératives (PRP, cellules souches) sont en cours d'évaluation et pourraient offrir de nouvelles perspectives dans les années à venir, même si les preuves scientifiques restent encore insuffisantes pour les recommander en pratique courante.

Un suivi régulier auprès d'un rhumatologue ou d'un chirurgien orthopédiste permet d'adapter la prise en charge à l'évolution de la maladie et de ne pas laisser la situation se dégrader inutilement avant d'envisager les différentes options thérapeutiques disponibles.

Dr. Laurent Dupont
À propos de l'auteur

Dr. Laurent Dupont

Le Dr. Laurent Dupont est médecin rhumatologue, spécialisé dans la prise en charge des pathologies articulaires et notamment de l'arthrose. Après plus de 20 ans de pratique clinique auprès de patients souffrant de douleurs articulaires chroniques, il consacre aujourd'hui une partie de son activité à la vulgarisation médicale et à l'éducation thérapeutique. Convaincu que l'information est la première étape vers une meilleure qualité de vie, il s'engage à rendre accessibles les dernières avancées en rhumatologie. Son approche associe traitements conventionnels, solutions naturelles et conseils d'hygiène de vie adaptés à chaque patient.