Arthrose Prévention

Arthrose dorsale (dorsarthrose)

Arthrose dorsale (dorsarthrose)

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L'arthrose dorsale, également appelée dorsarthrose, désigne l'usure du cartilage au niveau du rachis thoracique, la portion de la colonne vertébrale comprise entre les vertèbres T1 et T12. Bien qu'elle soit moins fréquente et moins médiatisée que l'arthrose cervicale ou lombaire, la dorsarthrose touche un nombre significatif de personnes, en particulier après 50 ans. Sa localisation particulière, au sein d'un segment vertébral naturellement peu mobile et stabilisé par la cage thoracique, lui confère des caractéristiques cliniques et thérapeutiques spécifiques qu'il convient de bien connaître pour une prise en charge adaptée.

Rappel anatomique : le rachis thoracique et ses articulations

Le rachis thoracique, ou rachis dorsal, est constitué de 12 vertèbres (T1 à T12) qui s'articulent entre elles et avec les côtes pour former la cage thoracique. Chaque vertèbre thoracique possède plusieurs surfaces articulaires susceptibles de développer de l'arthrose :

  • Les articulations interapophysaires postérieures (ou facettes articulaires) : situées à l'arrière de la vertèbre, elles guident et limitent les mouvements du rachis
  • Les articulations costo-vertébrales : elles unissent la tête de chaque côte au corps vertébral
  • Les articulations costo-transversaires : elles relient la tubérosité costale au processus transverse de la vertèbre
  • Les disques intervertébraux : bien que n'étant pas des articulations au sens strict, leur dégénérescence (discarthrose) participe au processus global d'arthrose rachidienne

La définition de l'arthrose repose sur la dégradation progressive du cartilage articulaire, phénomène qui touche ces différentes structures de manière variable. Le rachis thoracique se distingue par une mobilité réduite comparée aux segments cervical et lombaire, principalement en raison de l'attache costale qui limite les amplitudes de mouvement. Cette moindre mobilité explique en partie la fréquence plus faible de l'arthrose dorsale par rapport à l'arthrose cervicale ou l'arthrose lombaire.

Causes et facteurs favorisant l'arthrose dorsale

L'arthrose dorsale résulte de la conjonction de plusieurs facteurs qui accélèrent la dégénérescence des articulations thoraciques. Le vieillissement naturel du cartilage constitue le premier facteur, avec une prévalence radiologique qui augmente considérablement après 60 ans. Toutefois, la présence de signes radiologiques d'arthrose dorsale ne signifie pas systématiquement l'existence de symptômes cliniques.

Les contraintes mécaniques et posturales

La posture joue un rôle déterminant dans l'apparition de l'arthrose dorsale. L'hypercyphose thoracique, qu'elle soit constitutionnelle ou acquise (posture en flexion prolongée devant un écran, port de charges lourdes répété), modifie la répartition des contraintes sur les articulations et les disques, accélérant leur usure. Les professionnels travaillant en position penchée en avant de manière prolongée (dentistes, chirurgiens, couturières, travailleurs agricoles) sont particulièrement exposés.

La maladie de Scheuermann, dystrophie de croissance vertébrale survenant à l'adolescence, représente un facteur prédisposant reconnu. Elle entraîne des déformations vertébrales (cunéiformisation, hernies intra-spongieuses de Schmorl) qui favorisent le développement précoce de l'arthrose dorsale.

Les facteurs généraux

L'hérédité intervient dans la susceptibilité individuelle à l'arthrose rachidienne. Les troubles métaboliques (diabète, obésité), les carences en vitamine D et certaines maladies endocriniennes peuvent également fragiliser le cartilage vertébral. Les antécédents de traumatismes thoraciques, y compris les fractures vertébrales ostéoporotiques (tassements), accélèrent la dégradation articulaire dans les segments adjacents.

Le tabagisme, par son effet délétère sur la vascularisation discale et la qualité du cartilage, constitue un facteur de risque supplémentaire souvent méconnu. De même, la sédentarité favorise l'affaiblissement des muscles paravertébraux qui assurent le maintien postural, augmentant ainsi les contraintes sur les structures articulaires passives.

Symptômes de la dorsarthrose

Les symptômes de l'arthrose dorsale sont souvent insidieux et peuvent être confondus avec d'autres pathologies thoraciques. La douleur est le symptôme cardinal, mais sa présentation est variable selon les structures atteintes et le stade évolutif.

Caractéristiques de la douleur dorsale arthrosique

La douleur siège typiquement entre les omoplates ou dans la région thoracique moyenne. Elle est généralement décrite comme une sensation de barre horizontale dans le dos, de lourdeur ou de brûlure. Son rythme est classiquement mécanique : aggravation en fin de journée, lors de la station assise prolongée ou debout, et amélioration au repos allongé. Toutefois, des poussées inflammatoires peuvent survenir, avec des douleurs nocturnes et un dérouillage matinal.

La raideur dorsale est souvent le symptôme le plus gênant au quotidien. Les patients rapportent une difficulté à se tourner, à regarder derrière eux ou à effectuer des mouvements de rotation du tronc. Cette raideur est particulièrement marquée le matin et s'améliore progressivement avec les premiers mouvements de la journée.

Les douleurs projetées et irradiations

L'arthrose dorsale peut générer des douleurs projetées trompeuses en raison de la topographie des nerfs intercostaux issus du rachis thoracique. Ces douleurs peuvent irradier :

  • Le long des côtes, simulant une douleur intercostale ou pleurale
  • Vers l'avant du thorax, pouvant mimer une douleur cardiaque (pseudo-angine)
  • Vers la région abdominale haute, évoquant parfois un problème digestif
  • Vers l'épaule ou la région scapulaire

Ces irradiations trompeuses expliquent que le diagnostic d'arthrose dorsale soit parfois posé tardivement, après avoir écarté d'autres pathologies cardiaques, pulmonaires ou digestives. Il est fondamental de consulter un médecin pour exclure ces diagnostics différentiels avant d'attribuer les symptômes à l'arthrose.

Diagnostic de l'arthrose dorsale

Le diagnostic de l'arthrose dorsale repose sur la confrontation des données cliniques et des résultats de l'imagerie. L'examen clinique recherche des points douloureux paravertébraux à la palpation, une limitation des mouvements de rotation et d'extension du rachis thoracique, et des contractures musculaires paravertébrales. Le médecin évalue également la courbure thoracique (recherche d'hypercyphose) et l'état neurologique (sensibilité, motricité des membres inférieurs).

L'imagerie du rachis thoracique

La radiographie standard du rachis thoracique de face et de profil constitue l'examen de première intention. Elle met en évidence les signes classiques d'arthrose : pincement discal, ostéophytes (becs de perroquet) sur les marges vertébrales, condensation des plateaux vertébraux et arthrose des articulations interapophysaires postérieures. L'arthrose costo-vertébrale est souvent visible sur les clichés de face.

Le scanner permet une analyse fine des structures osseuses et articulaires, en particulier pour évaluer l'arthrose facettaire et rechercher un éventuel rétrécissement canalaire. L'IRM est indiquée en cas de suspicion de souffrance médullaire, de hernie discale symptomatique ou lorsque le diagnostic reste incertain. Elle visualise les structures molles (disques, moelle épinière, ligaments) et détecte les signes inflammatoires actifs (signal Modic).

Diagnostics différentiels importants

La dorsalgie n'étant pas toujours arthrosique, le praticien doit écarter plusieurs diagnostics différentiels :

Pathologie Caractéristiques distinctives
Fracture vertébrale ostéoporotique Douleur aiguë, souvent après un effort minime, femme ménopausée
Spondylarthrite ankylosante Sujet jeune, raideur matinale prolongée, syndrome inflammatoire biologique
Hernie discale thoracique Douleur radiculaire intercostale, éventuels signes médullaires
Pathologie tumorale Douleur nocturne prédominante, altération de l'état général, antécédent néoplasique
Pathologie cardiaque ou pulmonaire Douleur thoracique antérieure, dyspnée, facteurs de risque cardiovasculaire

Traitements de l'arthrose dorsale

La prise en charge de l'arthrose dorsale est essentiellement conservatrice. Les traitements de l'arthrose dorsale visent à soulager la douleur, améliorer la mobilité thoracique et corriger les facteurs posturaux aggravants. La chirurgie n'est qu'exceptionnellement nécessaire, réservée aux rares cas de compression médullaire ou de déformation majeure évolutive.

Les traitements médicamenteux

Le traitement antalgique repose sur le paracétamol en première ligne, complété par des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) lors des poussées douloureuses. Les myorelaxants peuvent être utiles en cas de contractures musculaires paravertébrales importantes, fréquentes dans l'arthrose dorsale. Les antalgiques de palier II (tramadol, codéine) sont parfois nécessaires en cas de douleurs réfractaires, mais leur utilisation doit rester temporaire en raison du risque de dépendance.

Les infiltrations de corticoïdes sous contrôle radiologique ou scannographique peuvent cibler les articulations facettaires ou les espaces périduraux en cas de composante radiculaire. Les antiarthrosiques symptomatiques d'action lente (AASAL) sont parfois prescrits comme traitement de fond, bien que les données scientifiques soient limitées pour la localisation dorsale.

La kinésithérapie : pierre angulaire du traitement

La kinésithérapie occupe une place centrale dans la prise en charge de l'arthrose dorsale. Le programme rééducatif comprend plusieurs volets complémentaires :

  • Mobilisations articulaires : techniques manuelles de décoaptation et de mobilisation segmentaire pour restaurer la mobilité thoracique
  • Renforcement musculaire : travail des extenseurs du rachis, des rhomboïdes, des trapèzes moyens et inférieurs pour lutter contre l'hypercyphose
  • Étirements : assouplissement des muscles pectoraux, des muscles sous-occipitaux et des fléchisseurs du tronc
  • Rééducation posturale : prise de conscience corporelle et correction des attitudes vicieuses
  • Travail respiratoire : exercices d'expansion thoracique et de respiration costale pour maintenir l'ampliation thoracique

Les techniques de thérapie manuelle (manipulations vertébrales, mobilisations) pratiquées par des kinésithérapeutes ou ostéopathes formés peuvent apporter un soulagement significatif. La balnéothérapie et la rééducation en milieu aquatique offrent un cadre idéal pour travailler la mobilité thoracique dans un environnement déchargé et relaxant.

L'ergonomie et la posture

L'aménagement du poste de travail constitue un élément essentiel de la prise en charge. Pour les personnes travaillant sur écran, il convient de positionner l'écran à hauteur des yeux, de régler la hauteur du siège pour maintenir les pieds à plat au sol, d'utiliser un support lombaire et de faire des pauses régulières pour se lever et s'étirer. Les personnes exerçant un travail physique doivent apprendre les techniques de manutention adaptées pour protéger leur rachis thoracique.

Le port d'un corset ou d'une ceinture thoracique peut être prescrit temporairement lors des poussées aiguës, mais son utilisation prolongée est déconseillée car elle entraîne un affaiblissement musculaire. Les coussins de posture et les supports dorsaux utilisés au bureau représentent des alternatives intéressantes pour le maintien postural au quotidien.

Exercices et auto-rééducation pour l'arthrose dorsale

La pratique régulière d'exercices adaptés est fondamentale pour maintenir la mobilité du rachis thoracique et prévenir l'aggravation de la dorsarthrose. Voici les principaux exercices recommandés par les kinésithérapeutes, à réaliser quotidiennement après un apprentissage encadré :

Les rotations thoraciques en position assise ou en décubitus latéral permettent de préserver les amplitudes en rotation. L'extension thoracique sur rouleau en mousse (foam roller) placé perpendiculairement au rachis favorise l'ouverture thoracique et lutte contre l'enraidissement en cyphose. Le chat-chameau, exercice à quatre pattes alternant flexion et extension du rachis, mobilise l'ensemble de la colonne. Les exercices de rétraction scapulaire (serrer les omoplates l'une contre l'autre) renforcent les muscles stabilisateurs postérieurs.

La pratique du yoga ou du Pilates, encadrée par un professionnel averti de la pathologie arthrosique, offre un cadre structuré pour travailler simultanément mobilité, renforcement et posture. Le tai-chi, avec ses mouvements lents et contrôlés de rotation du tronc, constitue également une activité adaptée aux personnes souffrant de dorsarthrose.

Évolution et pronostic de l'arthrose dorsale

L'évolution de l'arthrose dorsale est généralement lente et progressive. La majorité des patients présentant une dorsarthrose conservent une autonomie fonctionnelle satisfaisante grâce aux traitements conservateurs. L'aggravation radiologique ne s'accompagne pas toujours d'une majoration des symptômes, et il existe une dissociation fréquente entre l'importance des lésions visibles à l'imagerie et le retentissement clinique.

Les complications de l'arthrose dorsale sont rares mais méritent d'être connues. Le canal thoracique rétréci (sténose canalaire) peut survenir en cas d'arthrose sévère avec hypertrophie des facettes articulaires et développement d'ostéophytes postérieurs. Cette situation, exceptionnelle, peut entraîner une compression de la moelle épinière (myélopathie) nécessitant un traitement chirurgical. Les ostéophytes antérieurs volumineux peuvent exceptionnellement comprimer l'oesophage (dysphagie) ou les structures médiastinales.

La prévention de l'aggravation passe par le maintien d'une activité physique régulière, la correction des facteurs posturaux, le contrôle du poids et l'arrêt du tabac. Le suivi médical régulier permet d'adapter le traitement et de dépister précocement les éventuelles complications. L'association d'une prise en charge médicamenteuse lors des poussées et d'un programme d'exercices au long cours constitue la stratégie la plus efficace pour ralentir l'évolution et préserver la qualité de vie des patients atteints de dorsarthrose.

Dr. Laurent Dupont
À propos de l'auteur

Dr. Laurent Dupont

Le Dr. Laurent Dupont est médecin rhumatologue, spécialisé dans la prise en charge des pathologies articulaires et notamment de l'arthrose. Après plus de 20 ans de pratique clinique auprès de patients souffrant de douleurs articulaires chroniques, il consacre aujourd'hui une partie de son activité à la vulgarisation médicale et à l'éducation thérapeutique. Convaincu que l'information est la première étape vers une meilleure qualité de vie, il s'engage à rendre accessibles les dernières avancées en rhumatologie. Son approche associe traitements conventionnels, solutions naturelles et conseils d'hygiène de vie adaptés à chaque patient.