L'arthrose du genou, appelée gonarthrose en terminologie médicale, est la forme d'arthrose la plus fréquente des membres inférieurs. Elle touche environ 30 % des personnes de plus de 65 ans en France et représente l'une des premières causes de handicap fonctionnel chez l'adulte. Douleurs à la marche, raideur matinale, craquements articulaires : cette pathologie dégénérative du cartilage affecte profondément la qualité de vie de millions de Français. Comprendre ses mécanismes, savoir la reconnaître tôt et connaître les solutions thérapeutiques disponibles sont des étapes essentielles pour mieux vivre avec cette maladie et freiner son évolution.
Qu'est-ce que la gonarthrose ?
La gonarthrose désigne l'arthrose localisée au niveau de l'articulation du genou. Elle se caractérise par une dégradation progressive du cartilage articulaire qui recouvre les surfaces osseuses du fémur, du tibia et de la rotule (patella). Ce cartilage, normalement lisse et élastique, joue un rôle d'amortisseur et permet le glissement harmonieux des os les uns sur les autres.
Lorsqu'il se détériore, le cartilage s'amincit, se fissure, puis disparaît par endroits, exposant l'os sous-jacent (os sous-chondral). L'organisme réagit en produisant des excroissances osseuses appelées ostéophytes, et la membrane synoviale qui tapisse l'articulation peut s'enflammer, provoquant des poussées douloureuses.
Les trois compartiments du genou
Le genou est une articulation composée de trois compartiments distincts, chacun pouvant être touché isolément ou simultanément par l'arthrose :
- Le compartiment fémoro-tibial interne (médial) : c'est le plus fréquemment atteint, situé à l'intérieur du genou. Il supporte la majeure partie du poids du corps.
- Le compartiment fémoro-tibial externe (latéral) : situé à l'extérieur du genou, il est moins souvent touché isolément.
- Le compartiment fémoro-patellaire : il concerne l'articulation entre le fémur et la rotule. L'arthrose fémoro-patellaire provoque typiquement des douleurs à la montée et à la descente des escaliers.
Lorsque les trois compartiments sont atteints, on parle d'arthrose tricompartimentale ou pangonarthrose, une forme avancée de la maladie qui entraîne un retentissement fonctionnel important.
Causes et facteurs de risque de l'arthrose du genou
La gonarthrose résulte d'un déséquilibre entre les contraintes mécaniques imposées au cartilage et sa capacité de résistance. Plusieurs causes et facteurs de risque contribuent à l'apparition et à la progression de la maladie.
Facteurs mécaniques
- Le surpoids et l'obésité : c'est le facteur de risque modifiable le plus important. Chaque kilogramme en excès augmente la charge sur le genou de 3 à 5 kg lors de la marche. Le lien entre arthrose et surpoids est aujourd'hui clairement établi par la recherche scientifique.
- Les traumatismes articulaires : fractures articulaires, rupture des ligaments croisés, lésions méniscales non traitées ou méniscectomie augmentent considérablement le risque de gonarthrose, parfois dès 10 à 20 ans après le traumatisme initial.
- Les désaxations du genou : le genu varum (jambes arquées) surcharge le compartiment interne, tandis que le genu valgum (genoux en X) surcharge le compartiment externe.
- Les sollicitations professionnelles ou sportives excessives : les métiers impliquant un port de charges lourdes, des positions accroupies prolongées ou des montées d'escaliers répétitives augmentent le risque.
Facteurs biologiques
- L'âge : le vieillissement naturel réduit les capacités de régénération du cartilage. La prévalence de la gonarthrose augmente nettement après 50 ans.
- Le sexe féminin : les femmes sont plus fréquemment touchées que les hommes, en particulier après la ménopause, ce qui suggère un rôle hormonal dans la protection du cartilage.
- La prédisposition génétique : des antécédents familiaux d'arthrose constituent un facteur de risque reconnu.
- Les maladies métaboliques : le diabète, la goutte ou la chondrocalcinose peuvent favoriser la dégradation cartilagineuse.
Bon à savoir : la gonarthrose est dite « primaire » lorsqu'aucune cause précise n'est identifiée, et « secondaire » lorsqu'elle survient à la suite d'un traumatisme, d'une maladie articulaire inflammatoire ou d'une anomalie anatomique.
Symptômes de l'arthrose du genou
Les symptômes de l'arthrose du genou s'installent généralement de façon progressive et évoluent par poussées entrecoupées de périodes d'accalmie.
La douleur : symptôme cardinal
- Douleur mécanique : elle apparaît ou s'aggrave lors de l'effort (marche prolongée, escaliers, passage de la position assise à debout) et se calme au repos.
- Dérouillage matinal : une raideur douloureuse est ressentie le matin au réveil, durant généralement moins de 30 minutes.
- Douleur à la mise en charge : les premiers pas après une période d'immobilité sont souvent les plus pénibles.
- Localisation variable : la douleur peut siéger en face interne, en face externe, ou en avant et autour de la rotule.
Autres symptômes fréquents
- Raideur articulaire : la flexion et l'extension complètes deviennent progressivement limitées.
- Craquements et crépitations : des bruits articulaires témoignent de l'irrégularité des surfaces cartilagineuses.
- Gonflement du genou : lors des poussées inflammatoires, un épanchement de liquide synovial peut se former.
- Instabilité et dérobements : la sensation que le genou « lâche » survient dans les formes évoluées.
- Déformation progressive : dans les stades avancés, le genou peut se déformer visiblement.
Diagnostic de la gonarthrose
Le diagnostic de l'arthrose du genou repose sur l'examen clinique et l'imagerie.
L'examen clinique
Le médecin évalue la mobilité articulaire, recherche un épanchement, palpe les interlignes articulaires à la recherche de points douloureux et observe l'axe des membres inférieurs. Il teste également la stabilité ligamentaire et la force du quadriceps.
La radiographie standard
La radiographie du genou est l'examen de référence. Elle doit être réalisée en charge (debout). On y recherche les quatre signes radiologiques caractéristiques :
| Signe radiologique | Description |
|---|---|
| Pincement de l'interligne | Diminution de l'espace entre les surfaces osseuses, traduisant l'amincissement du cartilage |
| Ostéophytes | Excroissances osseuses en forme de becs, se développant en périphérie de l'articulation |
| Condensation sous-chondrale | Densification de l'os situé juste sous le cartilage, réaction à l'augmentation des contraintes |
| Géodes sous-chondrales | Petites cavités creusées dans l'os sous-chondral, visibles dans les formes avancées |
Classification de Kellgren et Lawrence
| Stade | Description |
|---|---|
| Stade 1 (douteux) | Ostéophyte de signification douteuse, interligne articulaire conservé |
| Stade 2 (léger) | Ostéophytes nets, léger pincement de l'interligne articulaire |
| Stade 3 (modéré) | Pincement marqué de l'interligne, ostéophytes multiples, début de déformation |
| Stade 4 (sévère) | Disparition quasi complète de l'interligne, ostéophytes volumineux, déformation importante |
Traitements non médicamenteux : la base de la prise en charge
Les recommandations médicales internationales placent les traitements non pharmacologiques au premier plan de la prise en charge de la gonarthrose.
L'activité physique adaptée
Contrairement à une idée reçue tenace, le mouvement est bénéfique pour le genou arthrosique. L'activité physique régulière et adaptée est le traitement le plus efficace à long terme :
- Renforcer les muscles péri-articulaires, en particulier le quadriceps
- Maintenir la mobilité articulaire et la souplesse
- Favoriser la nutrition du cartilage par la mise en charge alternée
- Réduire la douleur et améliorer la fonction
- Contribuer au contrôle du poids
Les exercices recommandés pour l'arthrose du genou comprennent le renforcement du quadriceps, les étirements des ischio-jambiers et du mollet, ainsi que les exercices d'équilibre proprioceptif. Le vélo est particulièrement indiqué car il mobilise le genou sans mise en charge excessive.
La kinésithérapie
La kinésithérapie joue un rôle central. Le kinésithérapeute élabore un programme personnalisé comprenant des exercices de renforcement musculaire, de mobilisation articulaire, de proprioception et d'entretien de la souplesse. La balnéothérapie (exercices en piscine chaude) est particulièrement appréciée.
La perte de poids
Chez les patients en surpoids, une perte de poids même modeste de 5 à 10 % du poids corporel entraîne une amélioration significative de la douleur et de la fonction articulaire. Une perte de 5 kg réduit la charge sur le genou de 15 à 25 kg à chaque pas.
Traitements médicamenteux et infiltrations
Les antalgiques et anti-inflammatoires
Le paracétamol est recommandé en première intention à la dose maximale de 3 g par jour. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) par voie orale sont plus efficaces sur la douleur lors des poussées, mais leur utilisation doit être limitée dans le temps en raison de leurs effets secondaires. Les AINS topiques (gels et crèmes) offrent une alternative avec moins d'effets systémiques.
Les infiltrations articulaires
Les infiltrations de corticoïdes sont indiquées en cas de poussée congestive avec épanchement. Elles procurent un soulagement rapide mais temporaire. Il est recommandé de ne pas dépasser trois à quatre infiltrations par an.
La viscosupplémentation (injection d'acide hyaluronique) vise à restaurer les propriétés du liquide synovial. Les injections de PRP (plasma riche en plaquettes) constituent une option thérapeutique plus récente avec des résultats encourageants.
Traitement chirurgical de la gonarthrose
La chirurgie n'est envisagée qu'en cas d'échec du traitement médical bien conduit pendant au moins 6 mois.
L'ostéotomie de réaxation
L'ostéotomie tibiale de valgisation est proposée chez les patients jeunes (moins de 60-65 ans) présentant une gonarthrose unicompartimentale interne avec genu varum. Elle permet de retarder la pose d'une prothèse de plusieurs années.
Les prothèses de genou
La prothèse de genou constitue le traitement de dernier recours :
- La prothèse unicompartimentale (PUC) : ne remplace qu'un seul compartiment. Récupération plus rapide qu'avec une prothèse totale.
- La prothèse totale de genou (PTG) : remplace les trois compartiments. Environ 100 000 PTG posées chaque année en France. Durée de vie supérieure à 20 ans dans plus de 90 % des cas.
À retenir : la prothèse totale de genou offre d'excellents résultats sur la douleur et la fonction dans plus de 85 % des cas. La rééducation post-opératoire est essentielle pour obtenir un résultat optimal.
Perspectives et recherches actuelles
La recherche sur la gonarthrose connaît un essor considérable avec plusieurs axes prometteurs :
- Thérapies cellulaires : l'injection de cellules souches mésenchymateuses fait l'objet d'essais cliniques encourageants pour régénérer le cartilage.
- Bio-marqueurs : l'identification de marqueurs biologiques pourrait permettre un diagnostic plus précoce.
- Traitements ciblés : de nouvelles molécules (anti-NGF, inhibiteurs de métalloprotéinases) visent à passer de traitements symptomatiques à des traitements modificateurs de la maladie.
En attendant ces avancées, la prise en charge de l'arthrose du genou repose sur une approche combinant mesures hygiéno-diététiques, activité physique adaptée, traitements médicamenteux et, dans les cas les plus sévères, chirurgie. Une prise en charge précoce et multidisciplinaire reste la meilleure stratégie pour préserver la mobilité et la qualité de vie.