Arthrose Prévention

Arthrose ou tendinite : comment différencier

Arthrose ou tendinite : comment différencier

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La confusion entre arthrose et tendinite est extrêmement fréquente chez les patients souffrant de douleurs articulaires ou périarticulaires. Ces deux pathologies partagent en effet certains symptômes communs, notamment la douleur et la limitation fonctionnelle, mais elles diffèrent fondamentalement par leur mécanisme, leur localisation précise et leur prise en charge thérapeutique. Savoir les différencier est essentiel pour orienter correctement le traitement et éviter une errance diagnostique qui pourrait retarder la guérison ou la stabilisation de la maladie.

Arthrose et tendinite : deux pathologies de nature différente

Avant d'examiner les différences cliniques entre ces deux affections, il convient de comprendre ce qui les distingue sur le plan anatomique et physiopathologique.

L'arthrose : une dégénérescence du cartilage

L'arthrose est une maladie chronique dégénérative qui touche le cartilage articulaire. Ce revêtement lisse qui recouvre les surfaces osseuses au sein de l'articulation s'use progressivement, perd ses propriétés d'amortissement et de glissement, et finit par se fissurer puis disparaître. La dégradation cartilagineuse entraîne des modifications de l'ensemble des structures articulaires : os sous-chondral, membrane synoviale, capsule articulaire et ligaments.

L'arthrose se développe lentement, sur plusieurs années voire plusieurs décennies. C'est une maladie chronique qui ne guérit pas spontanément et dont l'évolution est globalement progressive, même si elle peut connaître des périodes de stabilité et des poussées inflammatoires.

La tendinite : une inflammation du tendon

La tendinite, ou plus précisément la tendinopathie, est une atteinte du tendon, cette structure fibreuse qui relie le muscle à l'os. Contrairement au cartilage articulaire, le tendon se situe en dehors de l'articulation proprement dite, même s'il se trouve à proximité immédiate. La tendinopathie associe des phénomènes inflammatoires et dégénératifs au sein du tendon.

Les tendinites les plus fréquentes touchent :

  • L'épaule (tendinite de la coiffe des rotateurs)
  • Le coude (épicondylite ou "tennis elbow")
  • Le poignet (tendinite de De Quervain)
  • La hanche (tendinite du moyen fessier, tendinite des adducteurs)
  • Le genou (tendinite rotulienne, tendinite de la patte d'oie)
  • La cheville (tendinite d'Achille)

Les différences dans la localisation de la douleur

L'un des critères les plus importants pour distinguer arthrose et tendinite est la localisation précise de la douleur. Bien que les deux affections puissent toucher la même région anatomique, le siège exact de la douleur diffère.

Dans l'arthrose, la douleur est perçue comme profonde, ressentie au coeur de l'articulation. Le patient a l'impression que la douleur provient "de l'intérieur" de l'articulation. Elle est souvent diffuse, difficile à localiser avec précision du bout du doigt.

Dans la tendinite, la douleur est plus superficielle et plus localisée. Le patient peut généralement désigner un point précis, correspondant au trajet du tendon atteint ou à son insertion osseuse. La palpation de ce point déclenche une douleur vive et reproductible, ce qui constitue un signe diagnostique important.

Caractéristique Arthrose Tendinite
Siège de la douleur Profond, intra-articulaire Superficiel, sur le trajet du tendon
Localisation Diffuse, difficile à pointer Ponctiforme, facilement désignée
Palpation Peu de point douloureux précis Point douloureux exquis sur le tendon
Crépitations Fréquentes à la mobilisation Absentes ou rares

Les différences dans le rythme de la douleur

Le rythme de la douleur constitue un autre critère distinctif fondamental. Les symptômes de l'arthrose suivent un schéma temporel caractéristique qui diffère sensiblement de celui de la tendinite.

Le rythme mécanique de l'arthrose

La douleur arthrosique est classiquement de rythme mécanique :

  • Elle apparaît à l'effort et s'aggrave avec l'activité prolongée
  • Elle s'intensifie en fin de journée
  • Elle se calme au repos et pendant la nuit (sauf en cas de poussée inflammatoire)
  • Un dérouillage matinal existe mais dure moins de 30 minutes
  • Elle est souvent accompagnée d'une raideur articulaire progressivement croissante

Le rythme mixte de la tendinite

La douleur tendineuse présente un schéma différent :

  • Elle est déclenchée par des mouvements spécifiques sollicitant le tendon atteint
  • Elle peut être présente dès le début de l'activité, parfois s'atténuer à l'échauffement, puis réapparaître à la fatigue
  • Elle est souvent ressentie au repos après l'effort, contrairement à l'arthrose où le repos soulage
  • Elle peut persister la nuit, notamment en cas de tendinite de l'épaule (douleurs en position couchée sur le côté atteint)
  • Certains gestes précis et reproductibles déclenchent systématiquement la douleur

Cette différence de rythme s'explique par les mécanismes physiopathologiques distincts : dans l'arthrose, c'est la mise en charge et le frottement des surfaces articulaires qui génèrent la douleur ; dans la tendinite, c'est la mise en tension du tendon inflammé par la contraction musculaire.

L'examen clinique : des tests discriminants

Le médecin dispose de tests cliniques spécifiques permettant de distinguer l'atteinte articulaire arthrosique de l'atteinte tendineuse. Ces tests sont particulièrement utiles au niveau de l'épaule et du genou, régions où les deux pathologies coexistent fréquemment.

Au niveau de l'épaule

L'arthrose de l'épaule (omarthrose) et la tendinite de la coiffe des rotateurs sont souvent confondues. Plusieurs éléments permettent de les différencier :

  • Mobilité passive : dans l'arthrose, la mobilité est limitée aussi bien activement (par le patient) que passivement (par le médecin). Dans la tendinite, la mobilité passive est généralement conservée alors que la mobilité active est douloureuse.
  • Manoeuvres contre résistance : les tests isométriques (Jobe, Patte, Gerber) recherchent une douleur à la contraction contrariée du muscle dont le tendon est atteint. Dans l'arthrose pure, ces manoeuvres sont peu douloureuses.
  • Arc douloureux : dans la tendinite de la coiffe, un arc douloureux apparaît entre 60 et 120 degrés d'abduction. Dans l'arthrose, la limitation est plus globale et progressive.

Au niveau du genou

L'arthrose du genou peut coexister avec une tendinite de la patte d'oie (face interne du genou) ou une tendinite rotulienne (face antérieure). Le médecin recherche :

  • Un point douloureux précis à la palpation du tendon (absent dans l'arthrose pure)
  • Une douleur à l'étirement passif du tendon concerné
  • Une douleur à la contraction résistée du muscle correspondant
  • Des crépitations fémoro-tibiales ou fémoro-patellaires (évocatrices d'arthrose)

Les examens complémentaires pour trancher

Lorsque l'examen clinique ne suffit pas à distinguer clairement les deux pathologies, des examens complémentaires peuvent être prescrits. Le choix de l'examen dépend de la localisation et de la suspicion diagnostique.

La radiographie est l'examen de première intention pour rechercher des signes d'arthrose (pincement articulaire, ostéophytes). Cependant, une radiographie normale n'élimine pas une arthrose débutante. À l'inverse, des signes radiographiques d'arthrose n'excluent pas une tendinite associée. Le diagnostic complet nécessite parfois de combiner plusieurs examens.

L'échographie est particulièrement performante pour le diagnostic des tendinopathies. Elle visualise directement le tendon, détecte un épaississement, une perte de la structure fibrillaire normale, des calcifications intratendinueses ou une bursite associée. Elle peut également mettre en évidence un épanchement articulaire orientant vers l'arthrose.

L'IRM offre une vision globale de l'articulation et de ses structures périarticulaires. Elle est l'examen de choix lorsqu'on suspecte une association arthrose-tendinopathie ou lorsque le diagnostic reste incertain après les examens de première ligne.

Quand les deux pathologies coexistent

Il est important de souligner que l'arthrose et la tendinite ne sont pas mutuellement exclusives. Au contraire, elles coexistent fréquemment, et cette association complique le diagnostic comme le traitement.

Plusieurs mécanismes expliquent cette coexistence :

  • Surcompensation musculaire : face à une articulation arthrosique instable, les muscles et leurs tendons travaillent davantage pour stabiliser l'articulation, ce qui favorise l'apparition de tendinopathies
  • Modifications biomécaniques : les déformations articulaires liées à l'arthrose modifient les contraintes sur les tendons voisins
  • Facteurs de risque communs : l'âge, le surpoids, la sédentarité et les microtraumatismes répétés favorisent à la fois l'arthrose et les tendinopathies
  • Inflammation locale : l'inflammation articulaire de l'arthrose peut diffuser aux structures périarticulaires voisines

La hanche est une localisation où cette association est particulièrement fréquente : une coxarthrose peut s'accompagner d'une tendinite du moyen fessier (douleur latérale de hanche) ou d'une tendinite des adducteurs (douleur de l'aine). Le traitement doit alors cibler les deux pathologies simultanément pour être efficace.

Les traitements : des approches différentes mais complémentaires

Si les principes généraux de prise en charge se recoupent partiellement (repos relatif, antalgiques, kinésithérapie), les traitements spécifiques diffèrent sensiblement entre arthrose et tendinite.

Traitement de l'arthrose

Les traitements de l'arthrose visent à soulager la douleur, maintenir la fonction articulaire et ralentir l'évolution de la maladie. Ils associent :

  • Des antalgiques et anti-inflammatoires en cure courte lors des poussées
  • De la kinésithérapie pour entretenir la mobilité et renforcer les muscles stabilisateurs
  • Des mesures hygiéno-diététiques (perte de poids, activité physique adaptée)
  • Des infiltrations de corticoïdes ou d'acide hyaluronique dans les formes résistantes
  • La chirurgie (prothèse articulaire) dans les formes sévères invalidantes

Traitement de la tendinite

Le traitement de la tendinopathie repose sur des principes différents :

  • Le repos relatif du tendon atteint, avec éviction du geste déclencheur
  • La cryothérapie locale (application de froid) dans la phase aiguë
  • Le travail excentrique en kinésithérapie, spécifique aux tendinopathies
  • Les ondes de choc extracorporelles dans les formes chroniques résistantes
  • Les infiltrations de corticoïdes en cas d'échec, avec prudence car elles peuvent fragiliser le tendon
  • Les traitements par PRP (plasma riche en plaquettes) dans certains cas sélectionnés

La différence majeure dans l'approche thérapeutique est que la tendinite peut guérir complètement avec un traitement adapté, tandis que l'arthrose est une maladie chronique dont on gère les symptômes sans pouvoir la faire disparaître. C'est pourquoi il est crucial de poser le bon diagnostic : un patient traité pour une arthrose alors qu'il souffre d'une tendinite ne bénéficiera pas du traitement approprié, et inversement.

Quand consulter pour faire la différence

Face à une douleur articulaire ou périarticulaire persistante, il est recommandé de consulter un médecin pour obtenir un diagnostic précis. Certains signaux d'alerte doivent conduire à une consultation rapide :

  • Douleur persistante depuis plus de deux à trois semaines malgré le repos
  • Douleur intense empêchant les activités quotidiennes
  • Gonflement articulaire associé à la douleur
  • Perte de mobilité progressive de l'articulation
  • Douleur nocturne perturbant le sommeil
  • Faiblesse musculaire associée (impossibilité de lever le bras par exemple)
  • Antécédents de traumatisme récent sur l'articulation douloureuse

Le médecin traitant est le premier interlocuteur. Selon les cas, il pourra adresser le patient à un rhumatologue (spécialiste de l'arthrose et des maladies articulaires) ou à un médecin du sport (spécialiste des tendinopathies et pathologies de l'appareil locomoteur). Dans tous les cas, un diagnostic précoce et précis conditionne l'efficacité du traitement et le pronostic fonctionnel à long terme.

Dr. Laurent Dupont
À propos de l'auteur

Dr. Laurent Dupont

Le Dr. Laurent Dupont est médecin rhumatologue, spécialisé dans la prise en charge des pathologies articulaires et notamment de l'arthrose. Après plus de 20 ans de pratique clinique auprès de patients souffrant de douleurs articulaires chroniques, il consacre aujourd'hui une partie de son activité à la vulgarisation médicale et à l'éducation thérapeutique. Convaincu que l'information est la première étape vers une meilleure qualité de vie, il s'engage à rendre accessibles les dernières avancées en rhumatologie. Son approche associe traitements conventionnels, solutions naturelles et conseils d'hygiène de vie adaptés à chaque patient.